Cette interview du jeune créateur de mode Kit Seng Lei est exclusive : c’est forcément la première d’une série, celle d'un nouveau talent, d’un styliste formé au sein de IFA Paris en Chine et en France, suscitant déjà l’intérêt de la scène mode. Explications, faits et détails.

Michel Temman : Vous êtes né à Macao. Pourriez-vous nous en dire plus sur votre enfance et votre adolescence ? Pourquoi avez-vous quitté ce territoire pour Shanghai plus tard ?

Kit Seng Lei : Mon nom est Kit Seng Lei, et c’est la translittération de mon nom cantonais. Je suis en effet né à Macao, en Chine, et j’ai été élevé à Macao, une petite région administrative spéciale, dans le sud de la Chine. Macao est surnommé le « Las Vegas oriental. » Cette région est célèbre pour ses casinos et pour son tourisme, mais n’a rien à voir avec la mode et le stylisme. C’est pourquoi je suis parti pour Shanghai à l’âge de 18 ans. Quand j’étais élève du secondaire, j’ai toujours vu Shanghai comme une grande ville cosmopolite. Il ne m’a donc pas fallu une seule seconde pour décider d’y débuter mon rêve de faire de la mode. Après avoir obtenu mon Bachelor Stylisme Modélisme au campus d’IFA Paris de Shanghai, j’ai reçu une bourse intégrale de IFA Paris. Je vis et étudie depuis à Paris, depuis plus d’un an, et viens de finaliser mon Master d’Arts Mode Contemporaine à IFA Paris.la collection Polly Pockets de Kit Seng Lei

M.T. : Comment la mode est-elle précisément venue à vous ? Quels sont les éléments qui vous ont initié à un stylisme très créatif ?

Kit Seng Lei : J’aime la mode depuis mon enfance. Je pense que ma passion pour la mode est venue naturellement à moi, lorsque j’étais petit. Parce que je ne me souviens pas de quelque chose de spécial qui aurait surgi pour m’intéresser tout d’un coup à la mode. Mais j’étais ce genre de garçons qui aimait jouer avec des poupées Barbie et les habiller. Et dans mon enfance, je priais ma mère de m’acheter des magazines de mode et des VCD de défilés de mode au lieu de jouets. J’ai grandi en rêvant de mode dans mon esprit, et heureusement, cela n’a pas changé. Pour moi, très probablement, la liberté avec laquelle on habille les contemporains et l’excitation, aussi, que peut susciter l’idée d’avoir à créer de nouvelles modes, m’ont stimulé et éclairé. Parce que je crois que le style et la conception composent une sorte d’auto-expression. La mode est l’un des outils les plus faciles et les plus directs pour s’exprimer. Nous avons besoin de porter des vêtements tous les jours et nous avons des choix et des styles illimités. En outre, le stylisme est une façon très visuelle de raconter des histoires, à l’aune de concepts, mais c’est un acte d’expression différent des autres formes d’actes. La mode a toujours été au service de la vie humaine, et est désormais plus accessible.

M.T. : Comment définissez-vous votre style et votre créativité ? Et quelles sont vos références dans la mode, vos icônes ?

la collection Polly Pockets de Kit Seng LeiKit Seng Lei : Ma signature, en matière de créativité, je crois que ce sont surtout mes imprimés, que je conçois moi-même, et mes combinaisons de couleurs. Chacun de mes vêtements est d’abord une toile vierge, sur laquelle j’imprime des motifs en utilisant une technologie numérique, en vue d’atteindre un effet visuel. Durant mon Bachelor, à Shanghai, j’ai suivi un stage dans une entreprise de mode, et avais besoin, alors, de tirer tous les jours des imprimés, durant des mois. J’étais en effet l’assistant du responsable des impressions. Cette expérience m’a montré comment des impressions différentes sur les tissus modifient totalement l’apparence des vêtements. Je suis tombé amoureux des processus d’impression. J’aime aussi utiliser et mélanger les couleurs. Peut-être est-ce parce que je viens d’un pays relativement conservateur ? Quand il s’agit de conception, mon idée est de créer un contraste. J’aime créer quelque chose susceptible d’attirer l’attention facilement, avec mes impressions et mes couleurs. Il y a différents concepts et références derrière mes créations mais pour autant, je n’ai pas de référence spécifique ou d’icônes dans la mode. Par exemple, ma dernière collection Polly Pocket s’inspire du style des années 90. J’ai passé en revue des tonnes d’images des cultures pop des années 90, des chanteurs, des stars de cinéma. Je me suis inspiré des vêtements du quotidien et ai essayé de recréer les éléments d’alors d’une façon contemporaine. J’ai aussi créé une collection de vêtements pour femmes nommée Street Samurai qui se réfère aux armures japonaises traditionnelles. Sans doute que l’impression de cohérence entre mes collections proviennent de mes impressions et du mélange des couleurs.

M.T. : Qu’est-ce que IFA Paris vous a apporté en termes de savoir-faire, de connaissances mais aussi de vision ?la collection Polly Pockets de Kit Seng Lei

Kit Seng Lei : J’apprécie vraiment IFA Paris en raison de toutes les compétences, les techniques et les connaissances que cette école m’a apportées. Durant le Bachelor Stylisme Modélisme, j’ai appris les compétences de base et les connaissances du design de mode sur le campus de Shanghai. Mon Master d’Arts Mode Contemporaine, au sein de l’école à Paris, a élargi mes points de vue et m’a fait réfléchir plus profondément à la mode. Durant mon Bachelor, j’avais acquis les bases pour devenir créateur de mode – telles que l’esquisse, le moulage ou le marketing. Durant les cours du Master, nous avons eu aussi des classes qui n’étaient pas seulement tournées sur le stylisme, le coiffage ou la photographie de mode. IFA Paris m’a aidé à explorer ma créativité de manière différente, et m’a laissé absorber les diverses cultures de la mode, de sorte à ce que je ne reste pas dans ma propre bulle de créateur. Quant aux classes de Marketing, sur l’image de marque, le positionnement et la distribution, ils nous ont fait comprendre comment les marques de mode travaillent dans l’industrie de nos jours. Il était extrêmement utile pour moi d’absorber ce savoir, avant d’aller créer ma propre griffe ou de rejoindre telle entreprise de mode à l’avenir.

la collection Polly Pockets de Kit Seng LeiM.T. : Quels ont été les défis de votre dernière collection ? Quels étaient vos désirs et objectifs ?

Kit Seng Lei : Pour moi, le plus grand défi, avec ma dernière collection, était de parvenir à m’arrêter de penser. On nous a donné cinq mois pour terminer notre project finale. C’était assez de temps pour monter une collection. Mais dans un tel processus, de nouvelles idées continuent à venir sans cesse et j’étais toujours tenté d’ajouter de nouveaux éléments sur mes vêtements ou de refaire telle création. Évidemment, tout dépassement pouvait me conduire facilement à de l’excès dans la détermination. Et avoir trop d’idées, en matière d’apparence, pouvait conduire, je crois, à affaiblir tel rendu. Mais sous la direction de mon mentor (Jean-Marc Chauve, ndlr), j’ai essayé de juguler mes idées et ainsi constituer une collection. Au final, j’étais satisfait. Ma collection finale a pour nom Polly Pocket, en référence à un de mes jouets préférés, qui existait dans les années 90. Aussi ai-je vu cette collection comme la dernière expression de moi-même en tant qu’étudiant de mode. Je voulais qu’elle ait un lien personnel avec moi-même. Le style des années 90 et l’esprit d’amour libre dans la collection me représentaient en tant que personne. Alors que je créais cette collection, je ne cessais de me répéter ces mots que j’avais entendu, définissant ce qu’est le stylisme : « Ce n’est pas un travail, c’est une vie !» Alors, j’ai décidé de m’amuser. Mon objectif était de livrer un message d’amour et de joie à travers mes créations.

M.T. : Un nouveau projet à partir de maintenant ?

Kit Seng Lei : Dernièrement, je n’ai pas conçu de nouvelle collection, et ai plutôt essayé de trouver un stage à Paris. Je voudrais m’impliquer dans l’industrie de la mode dès que possible, après mes cinq ans d’étude. Bien que j’aie déjà suivi quelques stages à Shanghai, j’aimerais accumuler plus d’expériences à Paris. Et l’environnement, à Paris, étant totalement différent de celui de Shanghai, je me demande encore ce que je peux y apprendre et pouvoir y apporter.

Si vous souhaitez voir plus de photos de la collection finale de Kit Seng, rendez-vous sur : Photo Gallery of Master of Arts Contemporary Fashion Design Show 2017

Nous nous sommes également entretenus avec Jean-Marc Chauve, mentor de Kit Seng pour sa collection finale, qui nous a expliqué le travail de Kit Seng. Son entretien peut être lu ici: Interview avec Jean-Marc Chauve