Un gourmand insatiable pourrait adhérer à ce choix de réserver invariablement le meilleur pour la fin... C’est dans cet état d’esprit que l’industrie de la mode a organisé son « Fashion Month », désignant Paris, comme ville de clôture des Fashion Week, après respectivement celles de Milan, New York, Londres. Une semaine d’effervescence placée sous le signe des tendances printemps-été 2020, teintées d’influences sociétales.

Coupes impeccables, matières nobles, lieux féeriques, la Fashion Week de Paris aurait pu ressembler à toutes les autres si un vent de militantisme n’avait pas envahi les podiums des 80 défilés parisiens. Portée par les conséquences de l’après Me Too, les répercussions du Fashion Pact, la volonté de favoriser l’inclusion, chaque maison a profité de l’évènement pour revendiquer son propre message.

Pour son dernier défilé chez Saint Laurent, Anthony Vaccarello a voulu rompre avec la dictature du puritanisme, laissant toute liberté à la femme d’assumer son sex appeal très courtement vêtue. Pied de nez supplémentaire à la diversité, la presque quinqua « panthère noire », Naomi Campbell est venue clôturer le défilé d’un étincelant smoking à sequins.

Tandis que Guy Laroche au travers la célébration de la prostitution revendiquait le droit à la libre disposition de son corps, l'Indien Manish Arora rendait hommage aux minorités sexuelles et à la communauté LGBT. Pour son premier défilé à Paris, Gucci a misé sur la fluidité des registres, des silhouettes plurielles, mélange de genres et d’identités, affichés par des millennials totalement décomplexés !

Durant son défilé inclusif, Etam Live Show a encensé LA Femme. La marque de lingerie a  valorisé tous les corps en mettant à l’honneur les morphologies les plus représentatives de la société, reprenant ainsi le fil PFW 2019-2020rouge de sa dernière campagne « Feel Free ».

Dior (Maria Grazia Chiuri) a fait la part belle à l’écologie en accueillant le spectacle dans un décor végétal de 160 arbres (replantés prochainement dans les rues de la capitale pour éviter la réplique du défilé scandale Chanel de mars 2018, où des arbres centenaires avaient été abattus pour servir à la scénographie quelques heures seulement). Stella McCartney, pionnière du luxe éthique était très attendue et nous a livré une collection 2020 « comme la plus écoresponsable jamais confectionnée ».

Tous les yeux étaient rivés sur le défilé Chanel dont Virginie Viard, après le décès de Karl Lagerfeld, est devenue la nouvelle Directrice Artistique. Pas d’annonce forte mais une ode à la jeunesse et un hommage aux codes de la maison, un esprit Coco avec cependant des lignes modernisées qui renouent avec le confort et le naturel. Temps fort du défilé ? L’incruste de la Youtubeuse Marie sur le catwalk, d’abord passée inaperçue car vêtue d’un tailleur en tweed et chapeau coordonné vissé sur la tête. Preuve que notre regard s’habitue à l’inclusion et que les consciences s’éveillent peut-être à la différence !

Exit la superficialité, la mode renoue avec une mode engagée, plus sensible aux problèmes du monde, plus proche de notre véritable structure sociale. Le vêtement permettrait-t-il enfin de revendiquer sans tabous qui nous sommes vraiment?