Miuccia Prada a toujours été une maîtresse du temps : dessinant à travers une poignée d’époques et de lieux, elle parvient continuellement à réinterpréter le passé sans pour autant être rétro, et réussit de façon remarquable en gardant une approche précoce, moderne et pertinente de l’Histoire. Du panorama Hawaïen du printemps 2011 jusqu’aux amoureux swinguant du printemps 2012, la styliste italienne possède une habilité innée pour façonner l’esprit du temps avant nombre de ses concurrents, s’offrant une large popularité auprès des journalistes de mode chevronnés et des jeunes célébrités en vogue.

 

Par conséquent, il est tout naturel que sa créativité intuitive déclenche une collaboration avec l’artiste milanais Francesco Vezzoli, un ancien élève de Central St Martin qui a collaboré avec des artistes tels que Lady Gaga ou Franck Ghery, le temps d’une journée dans le magnifique 16ème arrondissement de Paris. Installée dans l’historique Palais d’Iéna, dont on doit le design original à Auguste Perret, le lieu accueille aujourd’hui fièrement le Conseil Économique, Social et Environnemental, et, pour 24 heures éphémères, l’installation fantaisiste de Vezzoli, qui prend des allures galactiques grâce aux illuminations des lampes roses fluorescentes, et qui s’étend dans les trois sections du musée.

 

Lancé un mardi, le 24 janvier, l’inauguration a commencé par un cocktail uniquement accessible sur invitation, suivi d’un diner pour les amis proches, les journalistes et l’élite de l’industrie (reçus à l’intérieur du musée par Miuccia Prada elle-même), et s’est terminée par une soirée dansante où l’on pouvait trouver des personnalités tels que Diane Kruger, Salma Hayek, Dita von Teese et un DJ d’exception pour la soirée : j’ai nommé Kate Moss. Mercredi matin, le musée à été ouvert au public pendant cinq brèves heures, suivi d’une visite réservée aux membres de la presse. Des étudiants sont également accueillis pour prendre part à la visite. Parmi eux, les étudiants du Bachelor Fashion Design & Technology de l’IFA Paris. L’emplacement de l’IFA Paris, au cœur d’un 10ème arrondissement de plus en plus à la mode, leur a permis d’avoir le privilège d’assister à une des collaborations artistiques les plus influentes du monde de la mode et de l’art, durant les défilés de Haute-couture du printemps, au cœur de la capitale de la mode.

 

Les étudiants ont été agréablement surpris de voir l’artiste Franco Vezzoli présenter lui-même à la classe de l’IFA le concept des 24 heures. « J’ai eu le souffle coupé quand Francesco Vezzoli est arrivé pour se présenter et nous parler du concept derrière le musée. C’était complètement inattendu ! Le fait que cet artiste mondialement connu, qui a travaillé avec Lady Gaga, Helen Mirren ou Nathalie Portman, prenne le temps de parler avec nous, c’était tout simplement inimaginable ! » s’est exclamée Davinia Vitrac, une étudiante New-yorkaise de seconde année de Bachelor Fashion Design & Technology . Après une brève introduction du concept de « non-existence » du musée, il a encouragé le groupe à investir, en toute liberté, les trois sections du musée: historique, contemporaine et oubliée.

 

« J’ai trouvé l’exposition passionnante. J’ai toujours pensé que Francesco Vezzoti avait la capacité de sortir de la structure d’un musée classique et de créer ainsi un parallèle avec l’idée de vie, ce qui est tout à fait rafraîchissant et original » remarque l’étudiante australienne Edwina Grace Kent. « Et c’est exactement ce qu’il a fait pour ce 24 Hours». Tandis que le théâtre historique diffusait des enregistrements de vieux films, le point central du bâtiment était le grand escalier sur lequel était perchée au centre de façon assez précaire une diva angélique et cartoonesque, presque flottante, se voit ornée des icones « like » de Facebook. Des images de muses et de célébrités d’aujourd’hui semblables à des divas, telles que Britney Spears, affichées sur les colonnes de marbre romain de façon à fusionner les différentes facettes du lieu : l’art, l’architecture et la socio-économie (le lieu s’apparente aujourd’hui au Conseil Economique, Social et Environnemental).

 

Vezzoli a trouvé des moyens d’engager notre société ; c’est une personne qui est fascinée par la satisfaction instantanée permise aujourd’hui par la technologie - avec l’idée de « non existence » du temps et de l’espace.

 

Le forum était moins existentiel qu’il n’y paraissait, cependant, l’aboutissement de ces trois sections historique, contemporaine et oubliée (remarquez le renoncement aux termes passéprésent et futur) dessinait une morale de l’artiste plus cohésive que cycle. Et ce précipice particulier illustre le thème engageant qui fait que Prada reste aujourd’hui encore une marque évocatrice. Miuccia voit au-delà du design concret des produits de luxe italiens et crée une vision artistique supérieure, d’avantage tourné vers la poésie. Après avoir assisté à cet événement exclusif de Prada, quelques uns des étudiants nous ont fait cette remarque : « En tant que visiteurs d’un musée qui n’existe que pendant 24 heures, on se sent spéciaux.» Voilà un concept important à apprendre alors que la semaine de la Haute-Couture commence. Sortir du lot et prendre des risques peut faire la différence, alors que rester prudent ne fera jamais parler de vous, n’est-ce pas ?