Venant juste de rejoindre IFA Paris en tant que Directrice Académique de la Qualité afin de continuer à améliorer la qualité des programmes proposés par l’établissement, Susan Jenkyn Jones partage aujourd’hui avec nous son expérience du monde de la mode.

 

 

Avant de commencer, est-ce que vous pourriez vous présenter succinctement?

 

Bien entendu. Mon parcours est un peu inhabituel et pas vraiment orienté vers la mode. Mes parents étaient docteurs experts en médecine orientale et c’est la raison pour laquelle ils voyageaient beaucoup à travers le Moyen et l’Extrême-Orient. Nous étions une famille nombreuse et nous avions également une douzaine d’animaux : insectes, oiseaux, singes, poissons, etc. C’était un environnement très coloré pour grandir. Mais pour tout dire, je ne parlais pas anglais correctement, et c’est pourquoi mes parents m’ont envoyé en Angleterre alors que je n’avais que 10 ans. Par conséquent, j’éprouve de la sympathie pour toutes les personnes qui, comme moi, éprouvent des difficultés avec l’apprentissage des langues.

C’est à la même époque que ma fascination pour les vêtements a commencée. Ma mère portait souvent de magnifiques robes confectionnées à Singapour ou à Hong Kong, et j’espérais toujours pouvoir un jour les porter. Mais à la place, je me retrouvais prisonnière d’un uniforme inconfortable et laid pendant sept longues années. Les vêtements sont donc devenus un moyen pour moi de retrouver un symbole de couleur et de plaisir. Comme j’ai toujours aimé peindre et esquisser, j’ai par la suite décidé de suivre ma voie en m’inscrivant au London College of Arts.

 

 

Quel est votre parcours dans la mode?

 

J’ai acquis mon premier diplôme en stylisme du textile, et j’ai vraiment apprécié de pouvoir réaliser et coordonner les tricots, les gravures et les imprimés. Cela m’a finalement conduit à trouver un équilibre entre les textures, les couleurs et les proportions, pour arriver au résultat final: la mode.

Je suppose que j’aimais avoir cette sorte de contrôle et de pouvoir utiliser les propriétés des différents matériaux pour créer de nouveaux designs.

Après mon Master au Royal College of Art, j’ai trouvé un travail chez Quorum avec une équipe de designers vraiment inspirant menée par Ossie Clarke, Celia Birtwell et Betty Jackson. Au bout de trois ans, j’ai décidé de lancer mon propre label pour créer des looks contemporains un peu avant-gardistes. L’enseigne a connu un tel succès que nous avons pu ouvrir deux boutiques au cœur de Londres.

 

Pourquoi avez-vous décidé de vous consacrer à l’enseignement ?

 

Après dix années couronnées d’un brillant succès, j'étais prête pour un autre type de défi, partager avec les étudiants les connaissances qu’on m’a inculquées et l’expérience que j’ai acquise.

Contrairement à aujourd’hui, quand j’ai commencé, les cours de mode ne prenaient pas en considération le marketing ou bien la production. Pourtant le succès ne repose pas seulement sur le Design, beaucoup d’autres éléments rentrent en jeu. J’apprécie vraiment de voir et d’aider les étudiants à concrétiser leurs projets ou à mener à bien leurs recherches. Depuis quelques années, je m’intéresse également au design assisté par ordinateur, la mode sur internet et je trouve assez incroyable les interactions et le partage permis par les nouvelles technologies. Pouvoir enseigner et apprendre le design à travers l’art traditionnel et les nouvelles technologies, c’est comme si l’on fleuretait à la frontière de deux mondes. Durant mes années en tant que professeur, j’ai également acquis une vue d’ensemble de l’enseignement et je suis par la suite devenue directrice des études au London College of Fashion.

 

Vous avez enseigné dans deux des plus prestigieuses écoles de mode : Central Saint-Martins et le London College of Fashion, qu’est-ce qui vous a incité à rejoindre IFA Paris ?

 

Ce n’était pas une décision facile à prendre mais j’ai finalement décidé que je voulais saisir l’opportunité d’avoir un poste basé en Asie. J’ai donc quitté un environnement des plus passionnants et des plus connues des écoles de mode britanniques car j'ai eu l'intuition que, depuis que les plus beaux tissus et les nouvelles technologies de production sont maintenant en Asie, il ne faudrait pas très longtemps avant que la demande et l'intérêt pour l'apprentissage des compétences en design explose, et qu’une nouvelle génération suivrait très vite. Je voulais en savoir plus sur la perspective moderne orientale et profiter de l'effet revigorant d'une ville dynamique du 21ème siècle telle que Shanghai.

 

Comment pensez vous que Shanghai se différencie par rapport aux autres haut-lieux de la mode?

 

Shanghai est géniale! La ville a tous les ingrédients qui font d’elle une “place to be”, que ce soit au niveau de son histoire, sa culture, son architecture, un melting-pot qui s’organise et qui engendre un mélange des idées. Shanghai est définitivement une nouvelle capitale de la mode. Dans le commerce, on retrouve les plus grands magasins de luxe qui vendent leurs collections en profondeur, mais aussi de nouvelles chaînes de magasins qui montent en puissance. Les designers avant-gardiste des concepteurs de milieu de gamme ont de grandes opportunités pour ouvrir de petites boutiques et de trouver leurs marchés - un phénomène qui a presque disparu en Europe.

 

 

Comment avez-vous vu l’industrie changer depuis vos premiers pas dans la mode ?

 

L’appréciation de la mode et des conceptions restent le fil constant dans ce milieu, mais avec plus de marchés fragmentés et des différences locales qui s’accentuent, la diversité qui règne dans la ville est une bonne chose – je n’ai jamais aimé le snobisme ou la “dictature du goût » que les éditeurs de mode ou les designers imposaient. il y a maintenant plus de sens de la mode pour tous. En outre, depuis que la fabrication a changé, en s’implantant sans doute de façon irréversible à l'Est et dans d'autres divers endroits du globe, il y a la possibilité d'une nouvelle inspiration et de sensibilisation sur des questions telles que la durabilité des ressources et des pratiques de commerces responsables.  

 

Avec votre propre label de vêtements féminins, des années d’enseignement et un livre publié sur le design de la mode, vous avez acquis vos lettres de noblesses. Quels conseils donneriez-vous aux étudiants qui essayent de percer dans cette industrie de plus en plus compétitive ?

 

Se lancer peut être intimidant, mais j’aime croire que la mode est toujours réceptive aux nouveaux joueurs qui font preuve de style et d’un fort engagement. De nos jours, ils doivent avoir encore plus de compétences diverses, telles que la maîtrise de langues étrangères, des connaissances en NTIC et en design assisté par ordinateur, comprendre l’influence des médias, comment se décompose le marché et bien entendu quel est le rôle du marketing. Tout ceci prend du temps pour s’en imprégner, d’où l’intérêt de suivre une formation bien recommandée !