Dune Pavlova, gagnante du défilé 2012 d’IFA Paris, respire la mode de toute l’essence de son être. Née à Zagreb en Croatie, la styliste de 23 ans a toujours été fascinée par la complexité des unions culturelles. Sa collection pour le thème de cette année, « l’Est rencontre l’Ouest », a impressionné notre jury grâce à son dégradé de couleurs évocatrices et de silhouettes texturées. Elle a puisé son inspiration dans les symboles japonais, tout en apportant une touche à la française. Sa capacité à transformer les symboles culturels et historiques en une collection de vêtements modernes traduit bien sa capacité à répondre à la demande de la plupart des directeurs artistiques aujourd’hui.

Elle s’impose en évitant de donner une interprétation trop littérale d’un concept, et à la place, elle opte pour une approche basée sur les images – c’est peut-être pourquoi elle énumère Alexander Wang et Givenchy parmi ses marques de mode préférées. Nous n'avons aucun doute sur le fait que Mlle Pavlova sera vite remarquée par une maison de haute couture. Aujourd’hui, elle a pris le temps de partager avec nous son expérience du défilé.

 

 

Qu’est-ce que le thème de cette année: “l’Est rencontre l’Ouest” vous évoque?

 

Le thème « l’Est rencontre l’Ouest » a éveillé en moi le désir de créer une collection inspirée par la confrontation des extrêmes. J’ai scruté la surface du globe, laissant mon esprit libre de voyager à travers la planète, et j’ai stoppé ma course au moment où je sentais l'énergie que je cherchais. Deux villes ont particulièrement attiré mon attention : Tokyo à l’Est, et Brooklyn à l’Ouest.

En remontant dans le l'histoire du textile au Japon, j'ai appris que les costumes traditionnels des samouraïs alliaient des matériaux à la fois extrêmement fragiles, pour leur souplesses, et éternellement d’autres beaucoup plus solides afin de bénéficier de leurs protections. Puis, à la recherche d’une touche de fraîcheur, d’une pointe de modernité et d’un style urbain authentique, j’ai arrêté mon voyage à Brooklyn. Pour joindre ces deux mondes, j’ai décidé de les lier à travers mes propres racines et un esthétisme reflétant le savoir faire à la française et les silhouettes parisiennes.

 

 

Comment avez-vous incorporé ce thème dans votre collection?

 

Ma véritable intention était de travailler avec les extrêmes, à travers tout ce que vous pouvez voir et sentir lorsque vous jeter un regard à la robe. Je n’ai choisi que des fibres naturelles de bonnes qualités pour réaliser mes pièces, telles que du cachemire pour les manteaux et de la soie pour les robes. Le mélange d'un tissu très léger et assez fragile comme la soie, avec des matériaux plus robustes, comme le cuir, incarne ce sentiment. D'une part j'ai décidé d'utiliser ces tissus pour représenter les extrêmes, et d’autre part pour leurs origines, la soie jouant par exemple un rôle très important dans l'histoire asiatique, alors que le cuir me rappelle d’avantage l’occident. La forme des vestes et des manteaux est inspirée par les armures des samouraïs, à laquelle j’ai ajouté une touche plus moderne notamment en incorporant des caractéristiques de modèles sportwear. J’ai respecté une charte de couleurs bien précise, basée sur l’un des symboles les plus importants du japon,  la carpe de koï et ses eaux.

 

 

Quelle est la partie la plus difficile dans le processus de design ?

 

Je pense que le plus dure était de trouver un point d’équilibre entre les exigences de l’école et ma propre idée de l’esthétique. Pour moi, un bon designer est une personne qui respecte les codes, les principes et les traditions de la maison dans laquelle elle travaille, tout en leur donnant une interprétation personnelle. Dans ce cas là, je me suis rangé derrière le label IFA, j’ai respecté le thème que l’on m’avait donné et je l’ai traduit dans ma propre langue, en lui donnant ma touche personnelle.

 

 

Qu’est-ce qui vous a le plus surprise tout au long de ce parcours?

 

Honnêtement, je pense que c’est le fait d’avoir réalisé exactement ce que je voulais faire pour cette collection depuis le départ. Pas à un seul instant je n’ai dévié de cette route et je trouve ça plutôt étonnant. C’est une expérience assez fantastique !

 

 

Qu’est-ce que cela signifie pour vous d’avoir remporté le défilé de cette année?

 

Je me suis sentie honorée et heureuse! Je pense que c’est important dans la carrière de chacun de parfois en arriver à un point où les efforts payent et où votre travail est reconnu à sa juste valeur. C’est le signal qui prouve que vous avancez dans la bonne direction.

 

 

Comment ont été les derniers instants précédant le show? Est-ce que tout s’est déroulé comme prévu ?

 

La réalisation de mon projet a nécessité beaucoup de temps, je ne pouvais pas me permettre de me laisser déborder juste avant la fin. J’ai commencé à travailler sur ma collection très tôt et je n’ai pas fait de compromis dans ma gestion du temps. Il est vrai que dans la vie, on ne peut pas toujours tout planifier. Des défis inattendus vous attendent toujours au tournant, et pour continuer à avancer, on n’a pas d’autres choix que de les résoudre. Par exemple : j’avais initialement prévu d’ajouter une ligne d’accessoire à la collection, mais j’ai du y renoncer assez rapidement. Néanmoins, c’est le seul sacrifice auquel j’ai dû me résoudre pour finir ma collection dans les temps.

 

 

Est-ce que vos professeurs vous ont aidé durant tout le processus de création ?

 

Je dois avouer que je n’ai jamais été aussi chanceuse par le passé de pouvoir profiter d’un tel support. Mon professeur de stylisme a travaillé pendant des années à la Maison Martin Margiela, tandis que mon professeur de couture a travaillé avec une multitude de maisons de haute couture à travers le monde, telles que Chanel, Valentino, etc. Une connexion aussi bien personnelle que professionnelle s’est développée. En les respectant et en prenant leur expérience sérieusement, j’ai acquis énormément au niveau de la discipline et cela m’a aussi aidé à rester concentré à 100% sur ce que je faisais car je savais qu’en cas de problème, je pourrais compter sur des personnes crédibles.

 

 

Que prévoyez-vous pour l’avenir?

 

Je pense dresser une liste des cabinets de design ou de studios dans lesquels j’aimerais travailler, puis je vais essayer d’y faire mes preuves le plus tôt possible.