IFA Paris : Paloma Bouteleux, vous naviguez entre la France, l’Espagne et la Chine, en véritable citoyenne du monde au parcours atypique, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre cursus ?

Paloma : Mon cursus et mon parcours professionnel résultent de mon éducation où l’on m’a enseigné la curiosité. Mes parents étaient médecins, ils m’ont appris à remettre sans cesse en question les évidences. Pour tout scientifique, il n’y a pas de vérité, il n'y a que des hypothèses. La France est une hypothèse de vie, l’Espagne en est une autre. J'aspirais depuis toujours à découvrir de nouveaux horizons où à priori, tout était différent. C’est un choix viral car il est difficile de fonctionner différemment lorsque l’on a gouté à ce mode de vie…

IFA Paris : Comment passe-t-on de l’avocature, à l’architecture, puis enfin à la Tech ? Aviez-vous déjà une appétence pour les nouvelles technologies ou certaines rencontres ont-t-elles conditionné vos choix professionnels ?

Paloma : J’ai un rapport très particulier avec mes mains, j’ai toujours travaillé avec ! Danseuse de flamenco depuis l’âge de 2 ans ½, j’adore la couture et la dextérité que cette discipline demande. J’ai découvert il y 3 ans un logiciel de réalité virtuelle qui permettait de designer à échelle 1, en bougeant les mains, en s’appuyant sur les mouvements, en utilisant l’espace. Plus qu’une évidence, la Tech est devenue mon outil de travail, le prolongement de mes mains, elle fait aujourd’hui partie intégrante de ma personne.

IFA Paris : Lors de votre arrivée à Paris, vous avez rejoint la station F, quel en était l’objectif ? Cette intégration a-t-elle été à la hauteur de vos espérances ?

Paloma : Après 8 ans passés en Chine (respectivement 4 ans à Pékin et 4 ans à Shanghai), je suis revenue en France depuis environ 1 an car je ressentais l’envie de transmettre toutes ces expériences.

Le choix de la station F était une évidence pour 2 raisons majeures. La première était son environnement, optimal pour y implanter ma start-up, la seconde, à laquelle j’étais plus sensible, était de pouvoir rester en lien avec le marché que je connais le mieux, celui de la Chine, grâce au programme d'incubation franco-chinois proposé.

De par sa diversité, Station F correspond obligatoirement aux attentes de tout un chacun ! Elle propose une trentaine de programmes différents d'incubation, il suffit simplement de choisir la formule la mieux adaptée à son projet. Tous les besoins de développement de start-up sont couverts, et elle héberge des d’activités très disparates allant de la moelle épinière à la beauté !

IFA Paris : IFA Paris, école de Mode transdisciplinaire, inclut désormais la Tech à ses cursus. De votre côté, entre dimension virtuelle et immersion en musique, vous proposez une autre vision du Design. La réciprocité du plaisir à travailler ensemble est-elle, selon vous, basée sur des valeurs communes ?Paloma Bouteleux

Paloma : Avec IFA Paris je vis une très belle histoire qui a débuté à Shanghai où j'enseignais déjà au sein de l’école chinoise ; il m’a donc semblé naturel à mon arrivée en France, de revenir vers cette équipe à l’état d’esprit identique au mien pour continuer cette mission de transmission. Multiculturalisme, ouverture à l'autre, partage, choix d’un apprentissage différent…autant de valeurs fortes que communes ; c'est donc avec un plaisir renouvelé, ici à Paris, que j’ai hâte de partager mes connaissances avec de nouveaux étudiants internationaux.

Chacun arrive avec ses vérités, ses bagages culturels, ses différences, je suis moi-même, au travers mon parcours personnel, dans cette problématique d’adaptation, c'est un exercice idéal pour tous !

Je dois m’acclimater à chaque fois, je dois renouveler ma façon de faire découvrir, de faire comprendre. Je ne fais plus attention à la culture, à la mienne, à celle des autres, mais suis plutôt attentive à la génération à laquelle je m'adresse.

Je travaille sur des supports qui leurs sont familiers, ils sont des consommateurs avertis de contenus, et pour cette raison, il me tient à cœur d’adapter mes créations à mes interlocuteurs pour qu’ils puissent s’en souvenir et surtout s’en servir.

IFA Paris : Votre première collab avec IFA Paris s’est déroulée l’an dernier à l’occasion du projet de réalité virtuelle menée par nos étudiants en Bachelor Visual Merchandising  pour la marque « Lola James Harper ». Comment est né ce partenariat avec l’école ? Qu’est ce qui vous a séduit dans ce projet ?

Paloma : L’expérience de l'année dernière avec la marque Lola James Harper est née d'une amitié croisée entre celle de la direction de l'école à Paris et celle du fondateur de la marque. Concernant IFA Paris, Jean-Baptiste Andréani, très réceptif à mes attentes, m’a donné la liberté de dispenser les cours de Visual Merchandising tels que je les percevais.

J’avais du mal à me projeter dans un enseignement classique où mes expériences en scénographie, agencement de vitrines ou de pop-up n’allaient rien apporter aux étudiants puisque le merchandising physique sans activation digitale, sans immédiateté partageable appartient désormais au passé.

Notre partenaire a été extrêmement généreux en temps, en informations, ce qui m’a permis d’accompagner en douceur les étudiants vers un renouvellement de leur pensée car ils n’avaient jusqu’alors connaissance que de la dimension physique.

IFA Paris : Avec « TWF, The Future of Walking » vous réitérez  l’expérience à  compter du mois de Janvier prochain. Avez-vous accepté de relever ce challenge pour les mêmes raisons ?

Paloma : Après le projet consacré au parfum l’an dernier, le TWF «The Future of Walking », nous permettra de travailler cette année sur des chaussures qui se voudront résolument innovantes en contenus. Ce nouveau challenge vise à éduquer les étudiants sur les possibilités d’innovations et de débouchés que peuvent offrir les start-up en désacralisant les grandes marques ou celles du luxe. Il faut prendre conscience de la mutation du secteur de la mode, tout en considérant que les emplois, actuels et à venir, satellisent désormais autour de ces start-up.

IFA Paris : Durant ce séminaire de 6 semaines, TWF fédèrera de nombreux experts du secteur ; l’Innovation Design et Design Technologie seront notamment abordés, pouvez-vous nous livrer quelques indiscrétions quant au contenu de votre intervention ?

Paloma : Sans toutefois parler d'indiscrétion, je peux vous expliquer la façon dont je procède.

Le projet débutera à la moitié du module car, en amont, je dois transmettre aux étudiants l’art du détachement du produit, de l’objet ou du monde réel. Il est impossible de se placer dans une situation d’innovation sans y être préparé. Cette phase concrétisée, il sera alors possible d’avoir un esprit nouveau, prêt à repenser le monde des objets et la façon dont on les partage.

IFA Paris : Qu’attendez-vous des étudiants et que souhaiteriez-vous qu’ils retiennent de cette expérience ?

Paloma : J’attends d’eux qu’ils s’ouvrent à la modernité avec une vision novatrice. Forts de ces nouvelles considérations, ils pourront compter parmi les nouveaux professionnels de la mode qui travaillent sans cesse à maintenir les innovations constantes du secteur.

IFA Paris : Pour terminer et en synthétisant, quelle serait votre propre définition du métier que vous exercez?

Paloma : Sans hésiter, facilitateur de créativité est la définition que je préfère ! C’est ce que je mets en application auprès de mes étudiants, mes collaborateurs, mes amis, au sein de ma start-up...et dans tous les moments de mon quotidien !

IFA Paris : Selon vous la fashion tech est-elle une mode passagère ou un phénomène qui bouleversera en profondeur l'industrie de la mode ?

Paloma : Après l’éclosion de la Fashion tech, elle continue à se développer progressivement et c’est à nous, professionnels, qu’incombe la responsabilité de l'accompagner au mieux dans sa croissance, lui montrer le chemin à suivre. La technologie n’est pas une mode, continuons à choisir ce qu'elle va devenir…

Depuis une quarantaine d’années on constate l’apparition de nombreux gadgets sur le marché, ces objets sont dépourvus de sens et de fonctions. A contrario, nous avons avec le vêtement un rapport de proximité immédiate.

Les usages disponibles de connectivité et d'interaction se doivent d’être dans cette relation de contiguïté pour satisfaire le consommateur ; quel autre meilleur vecteur que le vêtement et l’accessoire pour y parvenir ?