Présentée en juin 2015 dans un article paru dans le magazine Phosphore, la dynamique bosniaque Ena Berbic, vraie fan de mode et de médias, actuellement étudiante en Marketing de la Mode à l’école de mode et de management du luxe IFA Paris – après avoir obtenu les honneurs dans plusieurs établissements dans son pays et en Ecosse –, est la nouvelle éditrice Mode de Zenski.ba (littéralement « choses de femmes »), magazine de mode en ligne créé en Bosnie-Herzégovine.

Michel Temman : Pouvez-vous présenter le magazine de mode en ligne bosniaque Zenski.ba et votre rôle en tant qu’éditrice des pages mode ?

Ena Berbic : Zenski.ba a débuté dans notre pays en tant que leader en ligne des style de vie et de la mode en décembre 2015 et depuis, a beaucoup gagné en pages vues et en popularité – ce site est même devenu très prisé dans toute la Bosnie ! Zenski.ba organise cette année le trophée de la « Femme de l’Année en Bosnie-Herzégovine » en collaboration avec Kameleon Radio (l’une des radios les plus écoutées de Bosnie depuis qu’elle a été créée il y a 23 ans, ndlr), un projet clé lui amenant encore davantage de visibilité. Nous avons participé récemment à une « conference des blogueurs » durant la Fashion Week de Sarajevo, et beaucoup de gens sont venus nous féliciter. Nous avons aussi reçu de nouvelles propositions de partenariat avec des journaux et des magazines locaux, régionaux et nationaux. Zenski.ba est l’un des projets de Kameleon Radio d’expansion de plateformes de sites web en Bosnie – et je citerais encore le projet en ligne GdjeIzaci.ba (présentant les événements et les lieux où sortir, ndlr). Ces médias sont également organisateurs d’événements tels que trois Guinness World Records ou le Grand Prix de Sarajevo. Pour Zenski.ba, j’écris chaque mardi une chronique, sur l’histoire et les perspectives de grands noms de la mode, sur des marques que nous présentons chaque semaine. Je coordonne également nos journalistes de mode et je travaille avec eux sur nos rubriques clés et contenus les plus réguliers. Ena Berbic - Bachelor Marketing de la Mode

« IFA Paris nous donne l’expérience d’apprendre avec des professeurs provenant eux-mêmes de l’industrie de la mode ! »

M. T.: Qu'en est-il de vos études à IFA Paris ? Que vous apportent-elles de précieux à vos yeux ?

Ena Berbic : Je suis arrivée à IFA Paris en 2015 pour étudier le marketing de la mode, l’association, en fait, de deux de mes passions. Je dois d’emblée expliquer que j’ai toujours été inspirée par la carrière de mon père dans le marketing et la publicité en Bosnie. J’ai eu la chance d’apprendre beaucoup à ses côtés. Il est vraiment mon idole. Ma belle-mère, Edina Seleskovic, a été, elle aussi, celle qui a éveillé en moi mon côté créatif – elle est d’ailleurs devenue, aux États-Unis, l’une des meilleures femmes artistes américaines. J’ai toujours eu en moi ces deux mondes. Et cela m’a d’ailleurs poussé à postuler pour la bourse IFA Paris – et de la gagner a été vraiment formidable. Au sein d’IFA Paris, je trouve beaucoup d’inspiration et d’idées dans le mélange des classes et dans la richesse des programmes, car y sont à la fois enseignés, la création, le marketing et les affaires. Je crois aussi qu’il est si important qu’IFA Paris nous donne l’expérience d’apprendre de professeurs provenant eux-mêmes de l’industrie de la mode. Il est essentiel de bénéficier des connaissances d’experts sachant comment transmettre la théorie à travers des exemples concrets. Les cours de Fashion Marketing, par exemple, contribuent fortement à mon développement personnel dans l’industrie et m’aident, de surcroît, à savoir comment mieux gérer les gens (pour d’ailleurs toutes les industries). C’est aussi très important pour mon rôle en tant qu’éditrice et rédactrice de mode pour Zenski.ba !

M. T.: Comment la mode et la création peuvent soutenir Sarajevo et l'avenir de la Bosnie?

Ena Berbic: En Bosnie, à l’heure actuelle, nous faisons face à des problèmes internes d’instabilité. Les jeunes générations connaissent des difficultés pour accéder à des postes intéressants dans notre société et cela détruit l’état d’esprit des gens, en ne leur donnant rien, seulement des miettes – et en leur disant que c’est assez pour vivre ! On ne donne pas assez d’opportunités ni de ficelles aux jeunes. Alors que de leur offrir des expériences réelles et de vraies connaissances les aideraient, dans un premier temps, à trouver un emploi dans le secteur public.

Je souhaite vraiment que l’on règle ces problèmes dans mon pays, afin que la jeunesse se retrouve sur le droit chemin dans les prochaines années. Je crois surtout, pour ma part, à la force du secteur privé. Et je crois vraiment au potentiel de l’industrie de la mode, ainsi que dans la volonté des femmes bosniaques à diriger des entreprises et à bâtir leur succès. Il est capital, pour moi, de penser à la fois aux jeunes et aux femmes en Bosnie. Il y a tant de ressources, tant d’esprits, tant d’intelligence chez ces groupes qui constituent une énorme opportunité pour le développement des affaires du secteur de la mode. Je vois un grand potentiel dans le lancement de ma propre entreprise, et ce, dès que j’aurais fini mes études et acquis assez d’expérience. La Bosnie est un pays qui a souffert d’une guerre dévastatrice dans les années 90 et qui est maintenant sur le chemin de la reconstruction. Jusqu’à présent, peu a été fait pour considérer le secteur de la mode comme une source d’emplois, de développement de la créativité et de croissance du PIB en Bosnie. J’espère bien pour ma part être en mesure de changer cela dans la prochaine décennie !

Ena Berbic, Bachelor Marketing de la ModeM. T.: Quelles sont les principales tendances actuelles dans votre pays en termes de mode et du luxe?

Ena Berbic: En Bosnie, la mode apparaît surtout dans le mass-market, avec des marques comme Zara, Mango ou New Yorker. Nous avons aussi des stylistes qui se font remarquer sur notre marché, mais les structures socio-politiques de notre pays, et la situation économique en Europe ne contribuent guère à leur véritable éclosion. Je crois qu’il existe des opportunités de développement sur le mass-market et qu’il y a de l’avenir avec des segments aux prix abordables. Mais je serais personnellement plus favourable et plus intéressée à ce qu’on développe le segment du luxe dans mon pays. Sauf que cela ne peut se faire dans un pays où le chômage des jeunes atteint 58% ! D’autres mesures doivent être mises en place pour que des produits de haute qualité, à haute valeur ajoutée, avec des prix reflétant la qualité des marques, rencontrent leur demande sur le marché.