IFA Paris, sensible aux problématiques sociales et environnementales, s’implique régulièrement dans de nouveaux combats. En choisissant de faire cohabiter l’univers de la mode avec celui de l’art, l’école multiplie ses expérimentations créatives permettant au vêtement de transgresser sa fonction primaire et de se révéler en tant que support contestataire. Dernière interprétation de nos étudiants, une cape composée de déchets plastiques dont l’audace dénonce les nuisances environnementales : Un design créé de toutes pièces avec la collaboration de 3 jeunes créateurs d’IFA Paris. Rima, Lemaris et Ivo ont designé cette robe atypique, revêtue par l’artiste Alexandra Mas  durant la 58e Biennale de Venise et la Basel Art Fair Miami.

Immergée en pleine mer, simulant un début de noyade causé par la gêne d’un amas flottant de bouteilles ou d’emballages, elle a finalement réussi à s’extirper de l’eau, le corps entièrement couvert par la « robe déchet », métaphore de la pollution aux déchets et fragments plastiques touchant toutes les mers. Marco Tassini a immortalisé le moment sous forme de vidéo intitulée la cape en plastique des étudiants d'IFA Paris« No, an ugly story », et confronté le spectateur aux conséquences d’une utilisation massive de matériaux non recyclables. Le film n’a laissé personne indifférent.

La première scène de No an ugly story, vidéo évoquant sans détour cette pollution plastique endommageant tous les océans – l’océan faudrait-il dire car il n’y en a en vérité qu’un seul –, a le mérite de la clarté. Elle frappe forcément les esprits. « Le projet vénitien est né en amont, raconte Jean-Baptiste Andréani, directeur général du campus parisien d’IFA Paris et l’un de ses principaux soutiens. Marco Tassini et Alexandra Mas sont venus me rencontrer à IFA Paris, on en a parlé et l’idée d’une collaboration est née. Le court-métrage a d’abord été réalisé et projeté à Paris au Silencio (club créé par le cinéaste David Lynch, ndlr). Il y a l’image de cette vidéo mais il y a aussi la bande-son, très travaillée, qui marque, ajoute Jean-Baptiste Andréani. On entend les cris de mammifères marins, d’enfants, des mots dits et des voix, ce non « No » répété par des jeunes – entre autres, des étudiants d’IFA Paris, Français, Italiens, Espagnols, Indiens ou Chinois –refusant la fatalité de cette pollution plastique. » Parmi ces voix, celle aussi de l’artiste chinoise Xin Wang. Une invitation à non pas seulement « voir » les dégâts de la pollution plastique mais à la « ressentir » physiquement, intrinsèquement. 

la cape en plastique des étudiants d'IFA ParisÀ la suite de la projection parisienne, les artistes étaient invités à la 58e Biennale d’Arts de Venise durant laquelle la scénographie a été reproduite en live dans la cité des Doges. Du pont Rialto jusqu’à la Piazza San Marco, en gondole ou pieds nus dans les rues, l’artiste a déambulé tel un zombie, cape sculpture sur le dos, avant de la déposer au sol et d’en faire une œuvre témoignage, persistante et bouleversante.

Les 3 étudiants d’IFA Paris ont conçu l’immense cape plastifiée grâce aux déchets récupérés durant 4 mois par l’artiste elle-même, par Marco Tassini et par les étudiants d’IFA Paris – l’école ayant entrepris cette collecte auprès de tous ses inscrits. « Un travail complexe, précise Jean-Baptiste Andréani. Coudre entre eux des déchets plastifiés suppose aussi qu’ils tiennent tous entre eux. Et au final, cette création plastifiée, ce ne fut pas rien, car Alexandra Mas a porté et tiré sur des kilomètres dans Venise, de la place Saint-Marc jusqu’au Giardini, un fardeau : la robe de déchets pesait 15 kilos ! » Une procession de 9 kilomètres au milieu d’une foule vénitienne aussi stupéfaite que fascinée. Parvenue au Giardini, Alexandra Mas s’est délestée de son monstre de plastiques, créant et abandonnant une horrible sculpture, symbole d’après l’artiste de « l’urgence écologique » – 50 à 60 milliards de bouteilles plastifiées sont produites et jetées chaque année et certains pays industrialisés produisent entre 20 à 30 milliards de sacs plastiques par an.

Alexandra Mas portait également un masque fait de plastique recyclé réalisé par le créateur Sergio Boldrin (La Bottega dei Mascareri). « Elle portait en outre sur elle une robe fine et un bolero en lin, la fibre textile la plus écologique, symbole d’une mode durable, fruit d’une la cape en plastique des étudiants d'IFA Pariscollaboration entre IFA Paris et la société Textile Bio Normandie. »

La cape est ensuite partie pour Miami où elle a été à nouveau présentée lors de la Basel Art Fair Miami lors de deux performances, à l’Aqua Art Miami (https://www.aquaartmiami.com/events) et à Pinta Miami. Pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’assister à ces performances, la cape sera exposée à Venise pendant l’édition de 2020 du Carnaval à la galerie d’art « Spazio San Vidal » pendant deux semaines.

La mode et l’art, tandem complémentaire, multiplient les collaborations pour tenter d’influencer positivement les comportements. De la rencontre de ces univers mêlés naissent de beaux projets à dimension créative, artistique, sociale ou environnementale qui occasionnent une lecture différente du vêtement. Vous pouvez découvrir la tenue réalisée par les étudiants d’IFA Paris et la performance aquatique ici. Quelques secondes de visionnage suffisent à mesurer tout l’enjeu de protéger nos ressources naturelles, sous peine que la beauté allégorique des sirènes ne fasse plus autant fantasmer dans un avenir très proche…

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