A l'occasion du défilé de fin de programme de la promotion 2019 du Master d’Arts Mode Contemporaine, IFA Paris a demandé à son directeur artistique de nous en dire plus sur la préparation et la réalisation de ce défilé.

IFA Paris : Pour cette promotion 2019, 9 étudiants ont eu l’opportunité de montrer leur collection lors du défilé du Master d’Arts Mode Contemporaine du 25 janvier. Par qui ont été sélectionné ces étudiants et comment s’est passé la sélection ?Lydia Lu

Jean-Marc Chauve : La sélection des collections de fin d’année du Master d’Arts Mode Contemporaine est très transparente puisqu’elle est faite par le même jury de professionnels qui évalue et note le module « collection project », le module final de ce programme. Il est évidemment très important que des professionnels, qui viennent d’entreprises variées, eux-mêmes avec des parcours différents dans l’industrie de la mode, puissent évaluer ces collections en fonction des exigences de l’industrie de la mode d’aujourd’hui, puisque les étudiants ont soit déjà un parcours professionnel préalable, soit vont rentrer directement dans la vie professionnelle après ce programme. Par exemple nous avons demandé cette année à Laetitia Jacquetton, directrice du style des marques propres des Galeries Lafayette, à Lucille Mossimann qui travaille au studio de Marine Serres, ou à Thibaud Romain un styliste photo qui travaille aussi bien pour des magazines indépendants que pour des célébrités, de juger avec leur point de vue professionnel, les collections qui leur ont été soumises, mais aussi de sélectionner les collections qui, selon leur avis, correspondaient aux exigences d’un défilé professionnel. Il n’y a aucun quota défini par avance, et l’on pourrait imaginer qu’une année le jury sélectionne les collections de tous les étudiants s’ils les jugeaient toutes d’un niveau assez élevé pour faire partie du défilé.

Chen-Ting LiuIFA Paris : Justement, quels sont les critères de sélection pour le défilé, puisqu’on a vu cette année des collections de styles très différents ?

Jean-Marc Chauve : Clairement le style n’est pas un critère et les étudiants ont l’entière liberté d’explorer leur propre univers et leur propre style, de choisir le type de produits qu’ils veulent développer, leur positionnement …etc. C’est pourquoi nous avons cette année à la fois des collections très « Couture », des d’inspirations plus streetwear, ou des collections très expérimentales. Les seuls critères sont la « contemporanéité », le professionnalisme en particulier dans la construction de la collection mais aussi dans la fabrication des produits, la cohérence globale et le fait d’avoir réfléchi à la réalité commerciale de la collection. Ce qui explique que nous pouvons avoir des collections dont le potentiel commercial est assez visible comme celles de Sandra Freiman ou de Xiaoyu Li et d’autres qui peuvent paraître très avant garde et importables, comme celles de Zoé Gray et de Chloé Kerr, mais qui ont été pensées comme des collections « images » avec des produits dont le développement permettrait la production d’un ligne commerciale.  

IFA Paris : organiser un défilé en janvier c’est un peu inhabituel pour un défilé d’école en tout cas à Paris ?Zoe Gray

Jean-Marc Chauve : C’est au contraire assez logique, cela correspond d’une part à la fin de la partie « académique » du Master d’Arts Mode Contemporaine qui dure 18 mois et permet ensuite aux étudiants de réaliser des stages jusqu’à la fin de l’année académique en septembre. Mais surtout cela nous semble très important d’inscrire ce défilé dans le calendrier de l’industrie de la mode pour être au plus près des professionnels. Or janvier est la période des fashionweeks Homme et Haute Couture à Paris, le défilé du Master d’Arts Mode Contemporaine se déroule donc dans ce cadre. Cela peut compliquer un peu l’organisation, mais cela permet par exemple d’avoir recours à des mannequins professionnels et surtout d’inviter des professionnels de la mode, qui ne sont à Paris que pendant la période des fashionweeks.

IFA Paris : Pouvez-vous nous dire comment se passe la « production » du défilé ?

Lemaris LorenzoJean-Marc Chauve : Là aussi, bien que nous ne disposions que d’un budget limité, qui est celui d’une école et qui n’a rien à voir avec le budget des marques qui défilent pendant la fashionweek de Paris, il est très important de réaliser un défilé qui soit le plus professionnel possible et qui soit une expérience pour les étudiants qui y participent. Cela se déroule donc d’une manière assez classique : après le choix du lieu, du « set » avec les choix de lumière, d’éventuels dispositifs de décor (assez limités puisqu’ils doivent s’adapter à des collections très différentes) nous organisons un casting avec des agences de mannequins partenaires qui nous accordent des tarifs « école », puisque nous tenons à utiliser des mannequins professionnels. Vient ensuite la partie la plus compliquée qui est celle des fittings, où l’on attribue chaque silhouette à un mannequin et où l’on finalise l’ordre de passage. Pour cette partie, les étudiants doivent être très impliqués puisqu’il faut parfois retoucher les modèles pour les adapter aux mannequins, parfois faire de « l’éditing » si certaines silhouettes se révèlent inadaptées et parfois modifier un peu l’ordre de passage des silhouettes en fonction des mannequins.  Sont ensuite définis les choix make up et coiffures avec nos partenaires Make Up for Ever Academy et l’Ecole de coiffure Agathe Segura, qui là encore doivent pouvoir fonctionner avec des collections de styles différents. Tout ce travail se réalise dans les 4 ou 5 jours qui précèdent le défilé. Ce sont des journées très intenses mais qui sont cruciales pour que le défilé se déroule sans problème le jour J.

IFA Paris : Pour finir pouvez vous nous parler des inspirations des collections du défilé 2019 ?

Jean-Marc Chauve : On peut définir deux grands types d’inspiration : des collections qui sont un moyen pour leur créateur de parler ou de s’interroger sur leur propre parcours, c’est le cas par exemple de la collection de Marko Ilievski, qui s’inspire de vêtements traditionnels de son pays natal, la Macédoine, pour imaginer des silhouettes du futur, de Sandra Freiman qui s’inspire de sa propre vie de fille d’agriculteurs suédois ou de Lydia Lu qui imagine des vêtements futuristes à partir d’éléments de philosophie chinoise ancestrale ou encore  de Lemaris Lorenzo qui s’inspire de danses traditionnelles de Puerto Rico. Mais on retrouve d’autres thèmes qui parcourent nos sociétés développées et qui ont des échos par exemple dans les collections de la fashionweek de New York qui vient de se terminer : la place des femmes à l’époque du #metoo toujours chez Sandra Freiman qui s’inspire d’une artiste suédoise Sigrid Hertjen pour développer ce thème. L’élargissement des notions traditionnelles de beauté à l’ère d’instagram avec la collection « Ugli Beauti » de Zoé Gay, thème que l’on retrouve aussi chez Tuyana Darzha et chez Xiaoyu Li mais traité très différemment. La fluidité des genres et la notion de création partagée chez Chloé Kerr, ou le recyclage dans un monde ultra urbanisé chez Cheng-Ting Liu. C’est ce qui reste passionnant dans la mode, en particulier celles des jeunes créateurs : elle est une grille de lecture de l’évolution de notre monde.

Pour plus d’informations sur ce programme, veuillez-vous rendre sur : Master d'Arts Mode Contemporaine

Pour voir tous les designs de ce défilé, visitez notre galerie photo.

La vidéo complète du défilé de mode de fin d’études et disponible sur notre chaine YouTube